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Evolution , les positions des religions monothéistes.

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par Charles SUSANNE

 

INTRODUCTION

 

Au niveau anthropologique, la mort a toujours torturé la psyché des Êtres humains, et certainement des premiers Êtres humains: l'incompréhension face à la mort était totale et les Êtres humains ont créé des solutions imaginaires afin d'apaiser leur esprit et de se donner un certain réconfort. Des divinités furent donc créées ainsi que des cultes funéraires et des rites initiatiques.

La pensée religieuse représente un rapport à un au-delà supposé : à l'origine, elle correspondait globalement au polythéisme où l'animal occupait souvent un statut divin. Dans les balbutiements de religiosité, l'animal que l'on chasse (ou qui chasse l'être humain), prend place dans les croyances et dans les symboles. Depuis le Paléolithique, le culte de l'animal s'organise autour de l'activité de la chasse. La nature peut aussi bien être amie qu'ennemie, elle donne la vie et peut la reprendre. Au Néolithique, lorsque l'Être humain domestiqua les animaux et cultiva la terre, une bonne production dépendra de conditions différentes, notamment météorologiques. Il envisagera des forces supranaturelles et des divinités responsables de la bonne marche de son agriculture. Le chasseur-cueilleur se sédentarisa, l'animal perdit de son essence sacrée, les forces naturelles deviendront prééminentes, l'Être humain créa des divinités à son image (Susanne, 2003).

Au départ, les cultes sont relativement désorganisés, ils évoluent donc vers des divinités plus anthropomorphes. Les chamans, sortes de sorciers qui sacralisaient la Nature, évoluèrent en prêtres, ou ministres d’une religion. Les religions organisées sur un concept de divinités anthropomorphiques, ayant des sentiments humains et ayant créé l'Être humain à leur image, développent un aspect identificateur et ont souvent des intérêts économiques qui vont engendrer des conflits dévastateurs. Les monothéismes poussèrent à l'extrême la notion d'identité et ont souvent stimulé l’opposition des peuples par un mécanisme psychologique de peur, et donc un besoin de sécurité, symbolisé par un dieu.

La croyance en l'âme est présente sous l'une ou l'autre forme dans toutes les sociétés, on lui donne le nom d'animisme. L'animisme est la croyance que, dans des corps visibles, il existe un être invisible, l'âme. Le principe de l’existence de l'âme conduit à proposer une série d'êtres surnaturels incluant des dieux, démons, esprits, diables, fantômes, saints, gnomes, anges, fées, etc.

Dans chaque société, la religion et la doctrine des âmes prétendent donner une signification à la vie et à la mort. Toutes les sociétés ont des traits culturels que les anthropologues identifient souvent comme une religion. L'Être humain né et nourri par une société et une culture, dans son respect du sacré, exprime de manière symbolique sa dépendance à cette société. Chaque société a donc ses croyances sacrées, ses symboles et rituels, opposés aux événements profanes.

L’Homme a rendu le Transcendant familier en l’imaginant comme une personne, un être supérieur dont les qualités humaines sont portées à la perfection. Dieu donne alors à l’homme des règles précises et claires en définissant le bien et le mal.

Les croyances sont extrêmement variables de par le monde, y compris sur la définition même de la vie considérée soit comme unique par la tradition judéo-chrétienne et islamique, soit comme multiple par la tradition hindoue et bouddhiste. Mais, toutes les religions favorisent un certain ordre dans la société et y donnent un sens : cela a été le cas tout au long de notre histoire particulièrement dans des sociétés socialement stratifiées, où l'élite pouvait invoquer l'autorité religieuse pour contrôler les couches sociales moins élevées et maintenir des inégalités économiques et politiques. Les religions ont acquis une multitude de fonctions économiques, politiques et psychologiques.

La foi est donc le lot de toutes les sociétés, elle est souvent accompagnée de croyances superstitieuses dont le but est de donner un sens à la vie et à la mort. Mais malgré le succès de certains mèmes religieux, les religions ont commencé à donner des signes d’affaiblissement lorsque les découvertes scientifiques se sont développées. Toutes les religions ont dû subir de profondes adaptations, les éloignant de leurs principes fondateurs. Seules les orthodoxies, conformes à la doctrine de base et les fondamentalismes, attachés à des doctrines qui refusent toute évolution de pensées et conservent leurs traditions, voyant le monde les dépasser, veulent rester proches des fondements de leur religion et réagissent parfois de manière violente.

A moins de croire que l’inexplicable relève du Divin, nous nous débattons dans la richesse infinie du doute et nous nous nourrissons de toutes les lumières. Selon une parole hindoue « les dieux sont postérieurs à la création, alors d’où vient cette création, Lui seul le sait mais peut-être ne le sait-Il pas ».

Dans les sociétés occidentales, le pluralisme religieux est de règle. Ce pluralisme peut aboutir à différentes réactions, celles du fondamentalisme (L. Kaplan, 1992), qui trouve son origine dans les années 1920 dans une défense des fondements des religions chrétiennes (accompagnée d’un sentiment de crainte vis-à-vis de la modernité, de la sécularisation, du pluralisme, du matérialisme), celles du « New Age » (Hanegraaf, 1996) qui reprend des croyances de différentes religions ce qui en fait une sorte de « bricolage » spirituel, les croyances à la carte, un supermarché du religieux (la recherche du bien-être spirituel par le paranormal, l’astrologie, la macrobiotique, des thérapies de danse, des amulettes, des méditations, du shamanisme, …) et celles de l’athéisme qui analyse de manière critique les sentiments religieux et prône une sécularisation radicale.

 

RELIGION AU PRESENT


Pour moi, Dieu n’existe, mais il existe sociologiquement parlant ( sous forme de réalité sociologique des croyances religieuses ou des superstitions).

L’enseignement humaniste est la tolérance, la fraternité entre les hommes, le respect des différences, la foi en l’avenir de l’homme par l’exercice de sa liberté … , en fait cet enseignement établit l’acte d’accusation de toute pensée totalitaire. Nous clamons souvent « liberté, égalité, fraternité », mais nous le clamons parce que nous sentons que ces valeurs, parfois menacées, doivent être défendues.

Actuellement, y a-t-il regain du religieux ? La réponse est contradictoire. Non, dans le sens d'une absence de regain de la pratique religieuse. Par exemple, les catholiques "pratiquants" développent une liberté d'esprit face à leur religion, une attitude de détachement, voire de scepticisme. Mais oui, dans le sens d'une manipulation par les Eglises officielles de l'espace public, ou dans le sens d'un contrôle sociétal par des sectes comme l'Opus Dei ou les Légionnaires du Christ. C'est une occupation de l'espace politique et culturel, c'est une visibilité accrue vis-à-vis des médias et des législateurs européens1.

Au niveau des pratiquants, les religions deviendraient privées et seraient ramenées à une culture équivalente à d'autres cultures. Mais, cette évolution est en décalage profond avec les attitudes arrogantes, que continuent à prendre les autorités officielles de ces religions, pour lesquelles la laïcité reste un terme sulfureux.

Ainsi, dans le monde arabo-musulman, la séparation du temporel et du spirituel n'existe pas puisque la religion est instrumentalisée à d'autres fins que spirituelles. De plus, les indignations des théologiens islamiques vis-à-vis des attentats suicides par exemple sont à peine audibles alors qu'ils s'offusquent rapidement lorsque l'islam est critiqué ou caricaturé2.

Ainsi, selon Dominus Jesus, (6 sept. 2000, Congrégation pour la doctrine de la Foi, prés. par le cardinal Ratzinger) "l'Eglise catholique regarde ses partenaires comme égaux en dignité, mais cette parité n'entraîne aucunement l'égalité des doctrines et encore moins l'égalité entre Jésus-Christ ... et les fondateurs des autres religions .... Les autres Eglises et Communautés souffrent de déficiences"

Quelle arrogance lorsque Benoît XVI affirme que sans référence à Dieu, l'être humain ne peut répondre aux questions philosophiques essentielles et la société ne peut avoir de valeurs éthiques garantissant une vie en commun digne de l'être humain ! 3

Aujourd'hui, les Eglises aiment se targuer des droits de l'Homme, de la paix, voire même d'humanisme, oubliant les méfaits de toute leur histoire. Tant mieux dirons-nous. Ce n'est cependant pas une raison pour affirmer, comme le fit le 27 sept. 2006 José Manuel Barosso, président de la Commission européenne, que l'Europe ne soutient pas suffisamment le pape actuel. Tout aussi curieux cette déclaration de Michèle Alliot-Marie, à Paris, le 4 juillet dernier : " Dans un monde qui a vu s’effondrer la plupart des repères idéologiques, les religions ont plus que jamais vocation à éclairer la société, qu’elle soit civile ou politique. Je remercie l’Eglise catholique de la contribution déterminante qu’elle apporte à ce débat. ". Ce n’est pas également une raison pour proposer dans l’article 52 du traité constitutionnel européen une consultation prélégislative des autorités religieuses. En fait même si la convention n’est pas encore ratifiée, cet article a déjà été appliqué par exemple par les dernières présidences finlandaise et allemande. Le projet de Traité constitutionnel européen, dans son article 52, contrevient donc au principe de séparation des Eglises vis-à-vis de l'Etat4.

Une société multiculturelle est un enrichissement, mais elle ne peut aboutir, au nom du droit à la différence, à la liberté de choisir n'importe quel comportement. Le respect des droits de l'Homme, la liberté de conscience, l'égalité de l'homme et de la femme, la séparation de l'Etat et de l'Eglise, doivent rester des principes fondamentaux de nos sociétés. Je me déclare anticlérical, c'est-à-dire opposé à l'influence du clergé dans les affaires publiques, mais non antireligieux. La société doit respecter les différences des individus et devenir multiculturelle, mais sans devenir une simple addition de communautés autonomes dont les droits seraient différents et antinomiques. Il faut refuser certains "messages" religieux qui utilisent la différence culturelle pour rejeter certains droits fondamentaux des individus.

CREATIONNISME


Les récits de création des différentes religions veulent expliquer certains phénomènes naturels et les mettent en relation avec une volonté divine, y donnant donc un caractère sacré. Les religions sémitiques (chrétiennes, juives et islamiques) donnent une image linéaire de la création, Dieu créant le monde à partir du néant. Les religions hindoues (hindouisme, bouddhisme) donnent une image plus cyclique.

Le Créationnisme peut représenter différentes formes :

  • créationnisme où la terre est très récente : elle a été créée par Dieu il y a 6000 à 10000 ans, toutes les formes de vie ont été créées en 6 jours, et la géologie peut être interprétée en termes du déluge (en anglais les YEC : young-earth creationists).
  • créationnisme où l’on accepte l'ancienneté géologique de la terre mais où la vie est créée par dieu suivant les textes bibliques : il s'agit de "old-earth creationism", chaque jour de la création peut éventuellement représenter des milliers voire des millions d'années.
  • créationnisme évolutionniste: la nature n'a pas d'existence en dehors de la volonté divine, des événements de création existent et Adam fut le premier à être conscient d'être humain.
  • Évolution théiste: dieu crée la vie par l'intermédiaire de l’évolution, ce point de vue accepte les données biologiques modernes sauf lorsqu'il s'agit de la création de l'âme humaine


Comme on le voit les positions créationnistes peuvent être largement opposées. Souvent, les croyants prendront des positions créationnistes différentes en fonction de ce qu’ils parlent du monde animal ou de l’être humain (Perbal et al, 2006).

L’Evolution en termes scientifiques suggère que l’être humain n’est autre qu’un animal soumis aux mêmes lois évolutives que tout autre espèce vivante. Cette atteinte au statut particulier de l’être humain dans la nature est également, pour certains croyants, une atteinte aux valeurs morales dont l’être humain est le garant en tant que représentant de Dieu sur la terre. Tout au long du siècle dernier, la théorie darwinienne de l’évolution est ainsi devenue le symbole d’un matérialisme scientifique à abattre.

Récemment en Europe, des idées créationnistes ont été émises par des autorités officielles et des tentatives d’interdire l'enseignement de l'évolution se sont fait jour. Ainsi, début 2004, le gouvernement italien (de Berlusconi) a déposé une proposition d'abolition de l'enseignement de l'évolution des programmes des écoles secondaires. Il s’agit d’une proposition du 19 février 2004 faite par la ministre de l’enseignement et de la recherche, Letizia Moratti (membre de Forza Italia). Cette attitude n’est pas unique, la Grèce orthodoxe n’a pas l’enseignement de l’évolution à son programme, et les Pays-Bas protestants ne mettent pas l’évolution dans les matières à examiner (même si théoriquement elle est au programme). La Suède ouvrit le premier musée créationniste à Uméa. Des pays, comme la Russie et la Turquie, ouvrent leur porte au créationnisme. En 1991 la « Moscow Creation society » fut créée et ses membres, en collaboration avec le ministre russe de l’enseignement ( !), ont édité une brochure créationniste destinée aux écoles russes. Les publications de l’institut américain for Creation Research sont largement diffusées dans les facultés universitaires russes. Le créationnisme revient actuellement en force en Turquie et il existe une « Islamic Scientific Creationist and Science Research Foundation » (BAV), financée par des organisations étrangères5. L’auteur le plus actif de ce BAV est Harun Yahya (2002). Pour lui, l’évolution est la racine des maux de notre monde moderne, du fascisme et du capitalisme forcené et même des attaques terroristes du 11 septembre 2001 contre les twin towers à New York !! (Yahya, 2002). Ces écrits sont traduits dans de très nombreuses langues et sont parfois publiés avec un luxe inouï (comme son livre distribué largement dans les milieux scolaires en France et en Belgique). En Turquie, les thèses créationnistes figurent dans les livres scolaires depuis 1985 et l’évolution n’est même plus abordée.
En Serbie, l’agence AFP du 9 septembre 2004 signale que la ministre serbe de l'éducation, Ljiljana Colic, a supprimé l'étude de l’évolution en 8e année d’études. Selon le journal Glas Javnosti, Mme Colic a indiqué que le darwinisme et la conception selon laquelle l'Homme a été créé par Dieu devraient être étudiés en parallèle.
Faut-il ajouter que tous les partis européens d’extrême droite sont également créationnistes ? Ainsi dans la Pologne actuelle, le ministre de l’éducation (membre de la ligue des familles polonaises, parti d’extrême droite ultra-catholique) déclare que la théorie de l’évolution est un mensonge et que par conséquent il ne faut pas l’enseigner. « L’être humain a été créé par Dieu avec tous les animaux, et a donc vécu avec les dinosaures par exemple. L’Evolution est une conspiration contre Dieu et la Vérité portée par la religion catholique. »
José Maria Aznar , Opus Dei, (2004) veut imposer le cours de religion dans toutes les écoles primaires et secondaires. En Suisse en 1984, le 1er congrès créationniste européen est organisé. En Autriche l’archevêque de Vienne (Christophe Schönborn) nie l’évolution (le père Georges Coyne de l’Observatoire du Vatican a critiqué cette prise de position , il a été remplacé sans aucune explication). En France, sont créés des organismes créationnistes avec des fonds du créationnisme US ( en 1980 le Cercle d’études historiques et scientifiques et en 1997 l’université internationale de Paris).

En Belgique, le rejet du principe de l’évolution gagne du terrain (de 15 % en 1992 il est passé à 21 % en 2004, enquête de Braeckman, univ. de Gand)

L'attitude anti-scientifique est flagrante, il s'agit donc d'une censure culturelle teintée de contraintes philosophiques.

Passons rapidement en revue les opinions officielles des principales religions (pour une analyse plus détaillée, voir Susanne 2004). Mais avant cela quelques mots de précaution. Les textes, considérés comme sacrés, sont destinés à fournir des normes sociétales : le problème est que l'on a toujours déduit ce que l'on voulait en déduire. Dans notre histoire moderne, c'est des mêmes Ecritures que se réclament Le Pen, Pinochet, Franco, ... ou les démocrates chrétiens, ... ou les théologiens de la libération, voire de la révolution ... En d’autres termes il est quasi impossible de résumer les positions des fidèles d’une religion, car celles-ci sont trop variables. La seule analyse objective possible est celle des prises de position officielles des Eglises : donc par exemple je ne parlerai pas des opinions des catholiques en général mais seulement des positions de l’Eglise catholique officielle.

- récemment l’Eglise catholique accepte le principe de l’Evolution. Ce n'est cependant qu'en 1996 que le pape Jean-Paul II mentionne à l'académie pontificale des sciences que "des connaissances récentes conduisent à reconnaître que la théorie de l'évolution est plus qu'une hypothèse" (récentes ??). L'approche reste très "prudente", car le pape ne cite jamais Charles Darwin et continue à considérer que la présence humaine ne peut s'expliquer sans une intervention divine. L'église catholique romaine n'accepte pas l'évolution naturelle, l'esprit humain ne peut émerger de l'évolution matérielle de la matière vivante. L'évolution n'est donc pas sous contrôle des forces naturelles mais est sous contrôle divin. Les catholiques doivent affirmer que dieu est le créateur de toutes choses, spirituelles et matérielles, et que si une évolution a lieu c'est sous sa guidance.6
La position officielle de l'église catholique est que l'homme n’est pas sur terre par hasard, même s’il est le produit de l’évolution et que de plus l’esprit humain est de création divine, non sujet à des changements évolutifs.

- la Réforme est caractérisée par des théologies largement opposées. Le "libéralisme protestant" a une approche libre et critique de la bible et les positions dogmatiques sont rejetées. Il considère la création comme un mythe, tel que bien d'autres mythes existent dans d'autres religions. Au contraire, les courants "évangélistes" sont connus comme "conservateurs" ou "fondamentalistes" et sont dans une large mesure opposés aux principes d'évolution. Ils considèrent que rejeter la genèse, dans son sens strict de 6 jours, revient à détruire les fondements mêmes de la chrétienté.
Depuis les années 1920, le créationnisme veut s’imposer dans l’enseignement public aux USA mais a toujours été considéré comme anticonstitutionnel. Par après depuis 1980, les courants créationnistes, essentiellement aux Etats-Unis, ont changé de tactique et prétendent développer des théories « scientifiques » anti-darwiniennes. Ils reconnaissent que les avancées scientifiques ne permettent plus l’adhésion à une version littérale du créationnisme. Ils prétendent désormais démontrer scientifiquement que la nature est d’une complexité si extraordinaire que les formes qu’elle a prises au cours de l’évolution ne peut être le résultat d’une évolution graduelle par accumulation de mutations aléatoires discrètes. C’est le hasard qui pose (pour toutes les religions en fait) un problème central. L’être humain ne peut être le fruit du hasard. Le processus d’évolution est un phénomène indéniable, mais ce processus est le produit d’une intelligence (Dieu) qui a pour dessein l’apparition de l’être humain. C’est la théorie du « dessein intelligent » (ID, intelligent design).
Pour le dessein intelligent, les caractéristiques de l’univers et des êtres vivants doivent être expliquées par une cause intelligente, et non par des processus aléatoires de sélection naturelle. Leurs adhérents proposent l’ID comme un contrepoids scientifique aux sciences de l’Evolution et essaient donc de convaincre le politique que ce débat doit être enseigné.
En fait, le débat reste religieux et a de plus aussi une origine politique. Le discovery institute a un plan d’action sociale et politique visant à vaincre le matérialisme , à abattre la vision matérialiste du monde et à la remplacer par une « science » conforme aux convictions chrétiennes et à la réalité de Dieu.

- les Eglises orthodoxes sont dites "autocéphales", c'est-à-dire indépendantes du patriarcat oecuménique de Constantinople. En d'autres termes, elles sont autonomes par rapport à toute autorité ecclésiastique "étrangère" et sont par conséquent nationales.
En Grèce, l'église orthodoxe est une église d'Etat, et 97 % de la population grecque actuelle est officiellement considérée comme orthodoxe. Suivant les principes orthodoxes, le "père" est le créateur du ciel et de la terre et de toutes choses visibles et invisibles. L’être humain est créé à l'image de dieu. L'évolution n'est éventuellement pas rejetée dans la mesure où dieu reste maître de celle-ci, les 6 jours de la Création peuvent aussi être considérés comme des périodes.

- Islam. Les interprétations sont créationnistes. Selon un discours en 1994 de Dalil Boubakeur (recteur de l’institut musulman de la mosquée de Paris), « l’islam accorde à la raison une importance primordiale », mais plus loin il mentionne aussi « que le raisonnement philosophique ne peut nous mener à une conclusion contraire à la révélation divine ». L'évolution des espèces non-humaines peut être acceptée sauf si les transformations sont dues à des mutations aléatoires et à la sélection naturelle conçues comme des causes indépendantes de la volonté d'Allah. Rien ne se déroule au hasard, et il n'existe pas de nature autonome7
Un problème essentiel supplémentaire est que la liberté est perçue, dans la pensée musulmane, comme l'équivalent du désordre, et elle est considérée comme une menace pour cette pensée. Tout penseur s'inscrivant en dehors du cadre de la religion est taxé d'athée et d’impie et condamné en tant que tel. L’idée qu’il puisse exister des êtres, des activités ou des aspects de l’existence humaine qui échappent à l’emprise de la religion et de la loi divine est étrangère à la pensée musulmane
L’atlas de la création (H. Yahya, 2007)8 a pour véritable objectif non d’argumenter, mais de distiller le doute et de séduire, il s’agit d’éblouir en invoquant l’insondable beauté de la Création, il aveugle les ignorants de mirages. Suivant Harun Yahya, l’évolutionnisme est à l’origine des violences urbaines, les viols, les agressions, l’homosexualité, le sida, …. Sur son site web, Charles Darwin y figure entouré d’Hitler, de Mao, de Lénine, de Staline, ..

- Judaïsme : La communauté juive exprime des positions philosophiques très différentes, parfois opposées. On peut, arbitrairement peut-être, distinguer des juifs dit laïcs, athées ou peu pratiquants, des libéraux pratiquant un judaïsme évolutif tourné vers le modernisme, des orthodoxes attachés aux lois religieuses traditionnelles et à leurs interdits et des ultra orthodoxes (ou "gardiens du Temple", ou "Fous de Dieu") sectaires et obscurantistes.
Le poids politique des orthodoxes est disproportionné à leur nombre : on estime qu'actuellement aux états-Unis seulement 10% des juifs américains sont orthodoxes (mais 40% des synagogues le sont).

En fait, beaucoup de ces nuances, que j’ai exprimées pour les différentes religions, correspondent aux différences entre théisme et déisme. Le théisme est une croyance en un Dieu qui est toujours présent avec sa Création et capable à tout instant d’affecter n’importe quel processus naturel ; Dieu s’est donc donné les moyens d’intervenir dans le monde naturel à la réalisation de son plan. Le déisme est la croyance en un être suprême qui gouverne le monde au travers des lois qu’il a produites au moment de la création, il le laisse évoluer sous la seule astreinte des lois physiques.

Pour certains croyants, on se trouve devant une sorte de doctrine « domino » : en ayant défendu les textes bibliques contre le concept de l’évolution, les religions sont obligées aujourd’hui de défendre envers et contre tout la genèse ou une partie de celle-ci, car si la genèse ne peut plus être considérée comme réelle, alors la bible ou les autres livres sacrés s'affaiblissent .

L’influence croissante de la pensée chrétienne nord-américaine et celle de l’islam sont autant de phénomènes qui renforcent la présence du religieux dans nos sociétés. Et la désaffectation , ou le recul pris par un nombre de chrétiens et de musulmans par rapport à leurs églises et mosquées, n’empêchent nullement celles-ci d’accroître leur visibilité. Cette visibilité accrue n’est pas innocente et vise à faire passer au travers des mass média, différents messages dont certains s’adressent clairement aux législateurs nationaux et européens.

Pour la majorité d'entre nous dans les sociétés occidentales, la croyance est devenue une affaire personnelle. Les enquêtes montrent que la majorité des catholiques sont devenus, au sens voltairien du terme, "déistes". Ils abandonnent les dogmes traditionnels, critiquent ouvertement les commandements du Pape et "se convertissent" aux droits de l'Homme. Les croyants s'approprient de plus en plus les idées humanistes. Qu’il soit donc clair que « l’adversaire » n’est ni catholique, ni protestant, ni musulman, ni religieux, c’est celui qui se sert de la foi des autres pour renforcer son pouvoir.

Par ailleurs, pour la majorité de la population, dans nos pays, les convictions religieuses ont changé au cours des deux derniers siècles, entre autres parce que le discours scientifique et le discours philosophique, inspiré par les sciences, les ont remises en question. Les fixistes refusent cependant toute idée de transformation, ils y ajoutent une idée de finalisme.

L’évolution, au contraire, fait intervenir le hasard et le matérialisme. La biologie évolutionniste moderne développe des concepts qui énervent les partisans du dessein intelligent, en particulier des bricolages : l’évolution « bricole » en réutilisant des structures qui, chez les espèces ancestrales, étaient impliquées dans d’autres fonctions, on parle d’évolution en mosaïque.

 

HUMANISME, SEUL "ESPACE DE LIBERTES"


Les sociétés humaines n’ont jamais été dépourvues de religion, ni de pensée ou d’action symbolique. Inlassablement les êtres humains ont fait reculer les limites que nous imposait la nature. La religion fonctionne comme un produit de notre conscience : nous sommes fascinés par les zones obscures où notre logique n’a pas encore emprise. Les connaissances s’enrichissant, les réflexions évoluant, l’humanité maîtrisant de mieux en mieux son destin, la religion se voit obliger d’adapter sa Vérité et de donner de plus en plus de liberté aux pensées individuelles.

Mais, pour le fanatique, entrer dans l’ordre de l’argumentation serait déjà reconnaître le pluralisme des idées. Notre arme principale reste ce combat des idées, la réfutation , l’appui aux religieux modérés. Ne pas faire d’amalgames, n’empêche de combattre le fanatisme qui se nourrit de nos complaisances. La tolérance ne doit pas engendrer le relativisme qui peut aboutir à l’indifférence à la tolérance et la complaisance à l’intolérable.

Pour tous les intégrismes, l'Être humain est condamné à faire un mauvais usage de sa liberté: il faut donc l'enfermer dans des contraintes et des lois restrictives. Ceci s’applique particulièrement à la femme, puisque, suivant l'option intégriste de la femme au foyer, elle doit être soumise à l’autorité masculine et elle doit être garante de l'éducation des enfants. Dans ces conditions, humanisme et même démocratie sont des concepts à combattre. L'humanisme et la libre-pensée sont vus comme l'instrument de Satan par tous les fondamentalistes chrétiens, juifs et musulmans (Susanne, 2005).

L’enseignement, notamment des sciences de la vie, est en réel danger. Avec le dessein intelligent, d’apparence tolérante, le risque est de mettre sur le même plan, sur un « tout se vaut », des convictions et des croyances d’une part et la science d’autre part.

L'évolution biologique, y compris de l'Être humain, est aujourd'hui un fait scientifique établi ne correspondant pas en la croyance en un plan divin. Il est donc naturel que les Eglises l'ont combattue, et soit continuent à la combattre, soit font croire qu'il ne faut pas prendre la Genèse à la lettre. Chaque fois que l'interprétation scientifique changera, les Eglises proclameront qu'il s'agit d'une meilleure interprétation des textes sacrés (Joly, 2000). Mais, il leur reste difficile d'accepter que l'être humain est une espèce vivante parmi les autres, et d'accepter donc la "naturalisation" de l'être humain.

La biologie moléculaire nous apporte aussi une meilleure compréhension de la vie. Pouvons-nous encore en rester à une vision traditionnelle de la vie humaine lorsque cette biologie moléculaire confirme les données paléontologiques, et donc une évolution humaine répondant aux mêmes règles que l'ensemble du monde vivant ? que l'étude de l'ADN montre que le monde biologique de l'Être humain au vers de terre, de la bactérie au rosier possède le même code génétique ? que l'Human Genome Project démontre que le génome humain n'est pas très différent de celui des chimpanzés (pour 99,5% similaire) ou du reste du monde vivant (90% de similitude avec la souris, 50% avec les bananes, ...) ? que certaines découvertes décortiquent même la conscience ? que la maîtrise croissante de la régénération des cellules souches permet d'envisager certaines "réparations" ?

En Europe occidentale, la foi s'est évaporée et la majorité silencieuse, détachée de la religion, est devenue indifférente. Mais, nous ne pouvons nous contenter de cette indifférence, l'idéal est de nous rendre conscient des problèmes, d'apporter le goût de l'esprit critique, de la discussion, du dialogue (Joly R., 2000 ).

La pratique philosophique devrait impliquer que l’on défende l’observation contre la spéculation, l’analyse contre l’amalgame, l’expérimentation reproductible contre l’intuition, la clarté du discours contre son obscurité et le débat public contre l’argument d’autorité. On ne peut pas décider à priori que tout le réel nous est accessible ou que nous pouvons le comprendre entièrement. Par contre, on peut distinguer ce qui est rationnel et ce qui ne l’est pas.

Le politiquement correct considère que les religions sont respectables, il fait semblant de ne pas voir certaines positions intolérables des Eglises officielles, il reste aveugle à certaines tendances fondamentalistes. Le politiquement correct est parfois la tolérance de l'intolérable et la passivité vis-à-vis de l'obscurantisme. Ne devons nous pas devenir intolérants vis-à-vis de l’intolérance et de l’intolérable.

De plus, nous vivons un renouveau des conservatismes, caractérisé par des attaques continuelles contre la libéralisation de la sexualité, les méthodes contraceptives, les techniques de reproduction, l'avortement (même si l'interdit est levé, de moins en moins de praticiens le pratiquent et en fait, le sentiment de culpabilité des femmes augmente actuellement ; une exposition pro-life organisée au Parlement européen à Strasbourg, amalgamait l'avortement et la Shoah), l'euthanasie (que Mg. Léonard amalgame souvent au nazisme).

"L'humanisme, selon l'esprit des Lumières, consiste à exalter dans l'Homme, le pouvoir de produire du neuf, d'inventer, de créer, de commencer, de rompre, de s'arracher, donc d'engendrer lui-même le proprement humain" (Taguieff, 2001).

Être humaniste, c’est cultiver la tolérance, c’est avoir confiance en la raison de l’Être humain, c’est le respecter, c’est réclamer de l’autre cette même tolérance et ce même respect. Mais cela n’implique pas d’avaliser, au nom de la tolérance, l'irrationalité comme l'incompétence et les pratiques plus que douteuses de mages et autres gourous ; de même que l’interdiction de certains cours, et le rejet de tout concept scientifique contraire aux textes dits sacrés. Pratique difficile peut-être, celle de pratiquer le blanc positif, en observant le noir négatif, le tolérer mais ne pas l’avaliser.

Les idées n’ont pas pour vocation d’être respectées, mais bien d’être écoutées, améliorées, discutées, critiquées. Une société tolérante est une société de débats permanents, de critiques et de controverses.

Avec l’évolution, l’histoire rompt avec la ligne droite et cesse d’être une succession logique d’espèces pour devenir un dédale d’accidents, d’impasses et de bifurcations, un labyrinthe de l’inné, de l’acquis et du fortuit.

En paléontologie humaine aussi, le retour global aux ténèbres nous est interdit, la connaissance scientifique constitue l'un des biens communs de l'humanité qu'il importe de défendre. Dans nos pays, pour l'immense majorité de la population, les convictions religieuses ont changé en partie parce que le discours scientifique et le discours philosophique, inspirés par les sciences anthropologiques et paléontologiques, les ont remis en question.

Les sciences sont une condition nécessaire à l'humanisme. Elles incorporent la nature sans la rendre sacrée, reconnaissant que nous sommes libres et responsables de donner une valeur à notre propre existence.

L’anthropologue relativise la place de l’homme dans l’histoire de la vie, une étape aléatoire dans l’évolution des formes. L’Homo sapiens est le résultat d’un processus qui s’est poursuivi pendant des millions d’années.

Le savoir n’est cependant pas suffisant pour nous garder des épidémies idéologiques et pour combattre le fanatisme. L’enseignement ne peut donc se limiter à la transmission des connaissances, il est essentiel d’apprendre à apprendre et d’apprendre à être critique : le doute, le scepticisme, la contestation sont aussi des missions éducatives (A. Kahn, 2004).

Le fait que la vie et l’évolution n’aient pas de finalité ne signifie pas que nous ne devions pas donner un sens à la nôtre et à celle de l’humanité. Notre responsabilité envers les générations futures exige des efforts pour la conservation de la biodiversité des écosystèmes et de la nature, ainsi que la préservation de la diversité des langues et des cultures. Rechercher la Lumière, c’est rechercher à voir. Ne pas voir correspond à être dans l’obscurité, dans les ténèbres. Pour voir, il faut regarder et pour regarder il faut être vigilant.

 

Littérature


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Kahn, A. 2004 Science et progrès. Dans Biologie moderne et visions de l’Humanité. De Boeck, Bruxelles, 17-30
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Perbal L, Susanne C and JL Slachmuylder 2006 Evaluation de l’opinion des étudiants de l’enseignement secondaire et supérieur de Bruxelles vis-à-vis des concepts d’évolution (humaine). Antropo, 12, http://www.didac.ehu.es/antropo, vol 12
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